L'Équation de Continuité
L'équation de continuité est un principe fondamental qui traduit la conservation de la masse, s'appliquant à la fois aux fluides incompressibles et aux fluides compressibles.
1. Introduction
La conservation de la masse, principe selon lequel la masse ne peut être ni créée ni détruite dans un système fermé, est au cœur de l'équation de continuité.
En mécanique des fluides, cela signifie que toute variation de la masse contenue dans un volume de contrôle résulte uniquement du flux de masse traversant sa frontière.
Ce concept est essentiel pour modéliser des écoulements dans divers contextes (conduites, écoulements atmosphériques, etc.).
2. Formulation de l'Équation de Continuité (Eulérienne)
L'équation de continuité peut s'exprimer soit en forme intégrale, soit en forme différentielle. La forme utilisée dépend du type de fluide considéré.
2.1. Fluide Incompressible (Eulérienne)
Pour un fluide incompressible, la densité est constante.
La forme différentielle se réduit alors à :
où représente le vecteur vitesse du fluide.
2.2. Fluide Compressible (Eulérienne)
Pour un fluide compressible, la densité peut varier. La forme générale de l'équation de continuité devient :
Ce bilan exprime que la variation locale de la densité est compensée par le flux massique (le terme de divergence) à travers un point donné.
3. Formulation de l'Équation de Continuité (Matérielle)
3.1. Fluide Incompressible (matérielle)
Dans le cas d'un fluide incompressible, la densité reste constante le long du trajet de toute particule fluide. Cela signifie que la dérivée matérielle de est nulle :
Cette forme traduit simplement le fait que chaque particule conserve sa densité initiale tout au long de son mouvement. Cela implique également que la divergence du champ de vitesse est nulle :
3.2. Fluide Compressible (matérielle)
Dans le cas plus général d'un fluide compressible, la densité peut varier au cours du temps et de l'espace. L'équation de continuité s'exprime alors en suivant une particule de fluide donnée :
Cette forme est dite lagrangienne car elle suit le mouvement du fluide. Elle exprime que la variation de la densité d'une particule fluide est directement liée à la divergence du champ de vitesse :
- Si le fluide s'expand localement (), la densité diminue
- Si le fluide se comprime (), la densité augmente.
4. Preuve et Démonstration de l'Équation de Continuité (Eulérienne)
La démonstration repose sur l'application du principe fondamental de conservation de la masse dans un volume de contrôle , délimité par une surface fermée . On complète cette approche en faisant intervenir le théorème de divergence pour relier le flux de masse à la variation de la masse globale dans .
4.1. Masse dans le Volume de Contrôle
La masse totale contenue dans le volume est définie par :
où (\rho(x,y,z,t)) est la densité locale du fluide.
4.2. Variation Temporelle de la Masse
La variation temporelle de cette masse est exprimée par :
qui indique comment la masse totale dans évolue au fil du temps.
4.3. Flux de Masse à Travers la Surface
Le principe de conservation de la masse impose que toute variation de la masse dans résulte du flux net de masse traversant la surface qui délimite .
Le flux de masse, quantifié par l'intégrale , représente la quantité de fluide qui passe par par unité de temps.
Voici le détail des éléments de cette expression :
- : La densité locale du fluide, indiquant la masse par unité de volume.
- : Le vecteur vitesse du fluide, déterminant la rapidité et la direction de l'écoulement.
- : L'élément de surface vectoriel, défini par , où est la surface infinitésimale et est le vecteur normal unitaire pointant vers l'extérieur de .
- : Le produit scalaire extrait la composante de la vitesse qui traverse perpendiculairement la surface .
Ainsi :
- Une valeur positive signifie que le fluide sort du volume.
- Une valeur négative indique que le fluide y entre.
La conservation de la masse se traduit alors par le bilan :
Le signe négatif est crucial puisqu'il traduit que si le flux net est positif (c.-à-d. plus de fluide sort que n'entre), la masse dans diminue, et inversement.
Analogie : Le Réservoir d'Eau Imaginez un grand réservoir d'eau muni d'un drain en bas.
- La masse totale d'eau dans le réservoir correspond à l'intégrale .
- Le drain permet à l'eau de s'écouler : la quantité d'eau qui s'échappe par le drain par unité de temps est analogue au flux de masse, .
- Si plus d'eau s'écoule (flux positif) que l'eau qui serait, par exemple, réintroduite dans le réservoir, le niveau d'eau diminue.
- Dans notre formulation, le signe négatif dans traduit exactement ce phénomène : un flux net sortant entraîne une diminution de la masse (ou du niveau d'eau) dans le réservoir.
4.4. Passage d'une Intégrale de Surface à une Intégrale Volume
Pour relier le flux mesuré sur la surface aux variations locales dans , nous utilisons le théorème de divergence. Ce théorème affirme que :
Explication détaillée :
- Intégrale de Surface : Elle représente le flux net (la somme de toutes les petites contributions) de masse quittant à travers .
- Divergence : La divergence mesure, localement, la variation du flux dans le volume, c'est-à-dire l'existence de sources (où le fluide sort) ou de puits (où le fluide entre).
- Conversion en Volume : En intégrant sur tout , nous obtenons la somme de ces contributions locales, qui correspond exactement au flux net à travers .
Ainsi :
En substituant cette expression dans le bilan de masse, nous obtenons :
4.5. Déduction de la Forme Différentielle
Puisque l'équation précédente doit être valable pour tout volume de contrôle arbitraire, on en déduit par le principe d'arbitrarité que l'intégrande doit être nul en tout point de .
Cela conduit à la forme locale (différentielle) de l'équation de continuité :
5. Preuve et Démonstration de l'Équation de Continuité (Matérielle)
Nous allons maintenant démontrer l'équation de continuité en suivant une particule fluide individuelle, c'est-à-dire dans le référentiel lagrangien. Cette approche repose sur l'utilisation de la dérivée matérielle, qui exprime la variation d'une grandeur physique le long de la trajectoire d'une particule fluide.
5.1. Définition de la dérivée matérielle de la densité
La dérivée matérielle d'une grandeur scalaire , fonction de l'espace et du temps, est définie par :
Cette expression combine la variation locale au point fixe () et la variation spatiale selon le déplacement de la particule ().
5.2. Point de départ : équation de continuité en forme Eulérienne
On part de la forme eulérienne classique :
Développons le terme de divergence à l'aide de la règle du produit :
En remplaçant dans l'équation initiale, on obtient :
5.3. Reformulation avec la dérivée matérielle
On reconnaît maintenant dans les deux premiers termes la dérivée matérielle de la densité :
C'est la forme matérielle de l'équation de continuité. Elle exprime que, pour une particule fluide donnée, la variation de sa densité est directement liée à la divergence du champ de vitesse.
5.4. Interprétation physique*
- Si : le fluide s'expand localement, donc la densité diminue.
- Si : le fluide se contracte localement, donc la densité augmente.
- Si , alors : la densité est constante le long du mouvement -> cas des fluides incompressibles.
Ainsi, cette équation traduit la conservation de la masse dans un cadre lagrangien, adapté à l'étude du comportement d'une particule fluide en mouvement.